Dans cet entretien, Evelyn Mauch, neurologue et médecin-cheffe chez santé24, décrit le rôle des aides modernes telles qu’appareils auditifs et implants cochléaires et explique comment lutter contre le vertige.

Comment savoir si une déficience auditive est due à l’âge ou si on est déjà en présence d’un début de démence?
En effet, il est important de comprendre si une personne souffre de démence ou d’une simple diminution légère de l’acuité auditive. Une imagerie par résonance magnétique (IRM) de la tête permet de déceler les altérations dégénératives. Un début de démence résulte néanmoins de nombreux facteurs: il se manifeste, par exemple, par un déclin de la mémoire à court terme ou des troubles de l’orientation spatiale. Dans ce contexte, la perte de repères spatiaux ne découle pas du processus de vieillissement normal. Lorsque la personne souffre de démence et présente une déficience auditive, il est possible d’établir un lien. En revanche, le degré de perte auditive ne permet pas de savoir si cette dernière résulte uniquement du processus de vieillissement normal ou si la personne souffre de démence.
Par conséquent, dans la pratique, les médecins ne dépistent pas systématiquement une éventuelle démence chez les personnes qui présentent d’importants problèmes auditifs.
Non. Ils le font seulement en présence d’autres signes de démence, comme des troubles cognitifs. C’est pourquoi je recommanderais à toute personne âgée qui a l’impression de ne pas bien entendre de prendre un avis médical. Par exemple, si vous constatez que votre grand-mère a des difficultés de nature acoustique à suivre la conversation lors d’une fête de famille, il est judicieux de lui faire passer un test de l’audition. Comme simple mesure prophylactique, afin de prévenir une éventuelle démence. Les problèmes d’audition constituent un risque souvent sous-estimé. De nombreuses personnes âgées pensent qu’une baisse de l’acuité auditive fait partie du vieillissement normal. Pourtant, ce phénomène n’apparaît pas nécessairement chez tout le monde.
Aucun médicament ni aucune opération ne permet de stopper une perte auditive. Néanmoins, un appareil auditif permet de compenser la déficience. Il existe même une solution pour les enfants nés sourds et les personnes qui viennent de perdre leur audition: l’implant cochléaire. Comment fonctionne cette aide et à qui s’adresse-t-elle?
En principe, on peut se représenter un implant cochléaire sous la forme d’une prothèse auditive qui transforme la parole et les bruits en impulsions électriques afin de stimuler le nerf auditif. Il renferme un processeur et un microphone qui enregistre les signaux sonores environnants. Le processeur transforme ces signaux en impulsions électriques qui sont envoyées à l’implant à travers la peau. L’implant transmet les impulsions aux électrodes placées dans la cochlée. Le nerf auditif perçoit ces impulsions et les transporte alors jusqu’au cerveau, qui les interprète comme un événement auditif. Il s’agit donc d’une interaction complexe entre plusieurs circuits physiques.
Tandis qu’un appareil auditif est indiqué en cas de perte légère à moyenne de l’audition, un implant cochléaire n’entre en ligne de compte que si une aide auditive «classique» ne permet plus d’obtenir d’amélioration.
Comment se déroule l’opération et quels risques comporte la pose d’un implant cochléaire?
L’intervention dure d’une heure et demie à deux heures et s’effectue sous anesthésie générale. La chirurgienne ou le chirurgien pratique une ouverture dans le mastoïde, l’os proéminent que nous sentons derrière l’oreille, pour accéder à la cochlée. Ce faisant, elle ou il doit veiller à ne pas toucher de nerfs. Puis, elle ou il introduit le porte-électrode, le fixe à l’os et referme l’ouverture. L’antenne de l’implant cochléaire est visible de l’extérieur: elle se présente comme un petit disque positionné derrière l’oreille sur le cuir chevelu (au niveau du mastoïde ou ailleurs).
Comme pour chaque opération, il existe un risque d’infection. Autre risque: le rejet de l’implant. En d’autres termes, le corps n’accepte pas le porte-électrode, tout comme une personne greffée ne supporterait pas l’organe transplanté. Il existe une autre complication possible, à savoir la perte de l’audition résiduelle à cause de l’intervention. D’une manière générale, une opération peut aussi endommager les nerfs faciaux ou la transmission du goût. Cependant, une infection reste le plus grand risque.
Un trouble de l’organe de l’équilibre peut provoquer des vertiges. Que se passe-t-il alors dans ce cas?
Il est important de connaître l’origine du vertige: le cervelet ou l’oreille. S’il provient du cervelet, il peut naturellement résulter d’un AVC. Il faut donc toujours déterminer avec précision si la cause est centrale ou périphérique. Un vertige périphérique part de l’oreille interne et implique toujours le système de l’équilibre, les yeux, la sensibilité profonde et les propriocepteurs, qui sont des récepteurs sensoriels situés dans les muscles et les articulations. Lorsqu’une personne souffre de vertiges, tous ces éléments reçoivent des informations contradictoires. En d’autres termes, lorsque nous avons le vertige, ce que nous voyons avec nos yeux ne correspond pas à ce que nous indique le système de l’équilibre ni à notre perception du sol. C’est par exemple le cas sur un bateau ou en voiture. En bref: notre perception ne correspond pas à la réalité en raison des informations contradictoires que nous recevons. Ces indications contraires déclenchent le vertige et provoquent une mauvaise interprétation de la position du corps et du mouvement.
Que faire pour lutter contre le vertige aigu?
Sur un bateau qui tangue ou qui roule, il est recommandé de fixer un point à l’horizon, qui servira de repère fixe. Fixer le regard aide à faire coïncider notre perception et la réalité. Dans certain cas, il peut être judicieux de s’asseoir ou de s’allonger. Néanmoins, en position allongée, il est très important de ne pas fermer les yeux. En effet, l’absence de point à fixer peut accroître le vertige les yeux fermés. Certaines personnes se concentreront sur leur respiration. Ce détournement de l’attention atténue l’impact des informations contradictoires. Il faut aussi éviter de bouger la tête trop vite. Il existe aussi des médicaments contre les vertiges aigus. Quant aux personnes qui souffrent de vertiges positionnels, manifestation la plus fréquente liée à un déplacement des otolithes (petits cristaux) dans l’oreille, elles effectueront des mouvements pour remettre ces cristaux en place.