L’OFSP a, lui aussi, reconnu le problème. «Les contribuables et les personnes qui paient des primes d’assurance-maladie déboursent davantage pour les médicaments en Suisse que dans tous les autres pays européens», relève-t-il dans une fiche d’information. Le deuxième volet de mesures visant à maîtriser les coûts, adopté en mars par le Parlement, doit y remédier. Dorénavant, les médicaments seront rémunérés à des prix provisoires dès leur autorisation par Swissmedic, sans examen ultérieur. La vérification des critères EAE s’effectuera a posteriori. Après l’admission définitive dans la liste des spécialités, l’industrie pharmaceutique devra rembourser les coûts excédentaires. L’effet modérateur de cette mesure sur les coûts reste néanmoins contesté. En effet, des modèles tarifaires semblables sont déjà appliqués depuis longtemps et, dans la plupart des cas, négociés uniquement entre le fabricant et l’OFSP. Pour les cas dans lesquels les assureurs ont leur mot à dire, SWICA, la Haute école spécialisée bernoise et d’autres assureurs ont mis sur pied un modèle visant une fixation plus équitable des prix (lire l’encadré).
La règle des génériques porte ses fruits
De son côté, la Confédération se concentre, certes, sur les médicaments les plus récents et les plus onéreux, mais aussi sur les préparations les plus demandées. En effet, les dépenses pour les trente médicaments au meilleur chiffre d’affaires ont augmenté de plus de 70 % en l’espace de dix ans. Les critères EAE de ces médicaments font l’objet d’une vérification tous les deux à trois ans. S’ils ne sont plus remplis, les médicaments peuvent être exclus de la liste des spécialités.
Autre approche: pour début 2024, le Conseil fédéral a décidé que les personnes préférant un original plus cher à une préparation de même efficacité (générique ou biosimilaire) devraient s’acquitter d’une quote-part plus élevée sur les médicaments. L’effet se fait désormais ressentir: dans une évaluation, Maria Trottmann a constaté que le chiffre d’affaires des préparations à quote-part plus élevée a baissé environ de moitié en 2024. Ce phénomène se ressent aussi chez les fabricants, comme le confirme Fridolin Marty, économiste de la santé chez economiesuisse. Lui-même a été surpris, «mais l’effet est comparable à celui de la consigne d’un franc, qui encourage à ramener le chariot au bon endroit au supermarché. De petites incitations peuvent avoir de grands effets.»